Homélie du Père

Ta parole, Seigneur, est vérité, et ta Loi délivrance

Homélie de la nuit de Noël

Aujourd’hui nous célébrons la messe de la nuit de Noël, la liturgie nous invite à méditer sur les textes suivants :

  • Lecture du livre du prophète Isaïe (9, 1-6)
  • Psaume 95, avec comme refrain : « Aujourd’hui, un Sauveur nous est né : C’est le Christ, le Seigneur ! »
  • Lecture de la lettre de saint Paul aux Corinthiens (1, 5c-10)
  • Évangile de saint Marc (22, 34-40)

Peuple de Dieu ! Chers Frères et Sœurs dans le Seigneur. En cette nuit de Noël, nous voici rejoints dans nos attentes, nos espérances, nos projets et nos aspirations, la trame complexe de notre humanité, par ces paroles de de réconfort de l’ange, hier c’était aux bergers, aujourd’hui c’est à nous  : « …je vous annonce une grande joie pour tout le peuple : Aujourd’hui, dans la ville de David, vous est né un Sauveur qui est le Christ, le Seigneur. ». Bonne nouvelle, dans la spirale des mauvaises dans lesquelles plonge notre monde en profonde mutation : Guerres, souffrances, maladies, peur du lendemain, austérité économique. 

Cette nouvelle, porteuse de joie, dans un monde de tristesse, de doute, de ressentiment, d’inquiétude, de paralysie de la foi. Cette Bonne Nouvelle joyeuse, est bien celle de la naissance du Fils de Dieu. Jésus, notre Sauveur, « Dieu se fait homme pour que l’homme devienne Dieu » disait Saint Irénée. Dieu visite son peuple et devient ainsi notre contemporain. La préface de la Nativité dit : « …celui qui par nature est invisible s’est rendu visible en notre chair ; engendré avant le temps, il entre dans le cours du temps… ». 

Pourtant les canaux par lesquels cet enfant-Dieu arrive jusqu’à nous, tranchent nettement avec notre mentalité contemporaine faite de désir de grandeur, de puissance et d’utilitarisme. Dieu se donne à nous dans la modestie, dans la simplicité, l’humilité et la discrétion. Dans l’évangile, Luc en donne le signe : « …vous trouverez un nouveau-né emmailloté et couché dans une mangeoire. ». Le lieu, le décor pour accueillir l’Enfant-Dieu, le Sauveur, sont bien dérisoires, simplets. Déjà le choix du réceptacle, qui l’a porté et donné au monde, a épousé cette même perspective. Marie, fille de Sion, est quelqu’un d’inconnu, qui a juste trouvé grâce aux yeux de Dieu. Les premiers hommes qui acclament l’Enfant-Dieu sont les bergers, membres d’une caste précaire et pauvre d’Israël qui étaient occupés à leur activité quotidienne.

Dieu choisit de nous rejoindre sans fanfare ni trompette, mais dans la simplicité, l’humilité et la discrétion et nous interpelle dans notre désir de grandeur, notre volonté de puissance, dans nos mentalités intéressées, discriminatoires. Dieu se donne à nous dans la simplicité pour favoriser la proximité et la rencontre. Certes, on l’aurait attendu dans la puissance, car eu égard à l’état de notre monde : « Aux grands maux, les grands remèdes ». Dieu s’accommode de notre pauvreté pour que sa puissance puisse toucher le plus grand nombre. La puissance de Dieu n’est pas physique, elle est spirituelle. Cet Enfant-Dieu parle au cœur de chaque être humain et l’éveille à la puissance de Dieu, qui est une puissance d’amour. L’amour de Dieu s’est déployé dans le cœur de chaque être humain. La crèche la plus certaine et la mangeoire la plus vraie, disposées à accueillir l’enfant de Marie, est le creux du cœur de chacun de nous, simple, humble et sobre.

Ainsi, la joie de Noël est une joie intérieure parce qu’elle émane de Dieu qui vient combler nos attentes, nos misères et nos faiblesses. Le mystère de l’Incarnation sous-entend celui de la Rédemption. Ce Dieu, qui naît de la Vierge Marie, est bien celui qui va nous sauver par sa passion, mort et résurrection. Dans les allures d’un enfant, se donne à nous un Dieu qui se veut proche et contemporain. Voilà le motif de notre joie ! Oui, la naissance de Jésus nous ouvre la lumière de la connaissance véritable de l’identité de notre Dieu, ce Dieu « amour »,  obscurcit par les mirages de notre humanité éblouie par le sensationnel, la dictature des grands, la loi du plus fort, la gloire personnelle, le succès et la rentabilité. 

« Dieu est plus intérieur à nous que nous-mêmes » disait Saint Augustin.

Trouvez-le sur ce chemin de la simplicité,

Trouvez-le sur ce chemin de l’humilité 

Trouvez-le sur ce chemin de la petitesse.

Amen

Votre Frère, 

Abbé Chris Brunel GOMA